dimanche, février 26, 2017

L'échec de Fillon

La campagne électorale de François Fillon est d'ors et déjà un échec.

Il devrait être grandissime favori, il ne l'est pas. Même s'il gagne (c'est quand même le plus probable), il n'aura pas la légitimité que donne une large victoire.

Pourquoi ?

Réponse courte : parce c'est un con.

Réponse longue : parce qu'il nous ramène quinze ans en arrière. Il fait campagne comme s'il n'y avait pas eu Sarko 2007, Buisson, Zemmour, de Villiers, (et leur plus d'un million d'exemplaires à eux trois), Guilluy, le supplice de la Grèce, le Brexit, Trump. Evidemment, quand on a comme conseiller Henri de Castries, les peines de la France profonde et l'intérêt de la France ...

L'affaire Pénélope n'aurait pas pris une telle ampleur si Fillon n'avait pas lui-même placé sa campagne sur le terrain de la morale parce que, au fond, il ne veut pas discuter de politique puisqu'il n'a aucune intention de changer la politique qui échoue depuis trente ans.

Guillaume Tabard : « L'inefficacité électorale du vieux logiciel anti-FN »

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Emmanuel Macron «ne se résout pas» à sa qualification en finale de la présidentielle ; François Fillon prévient qu'elle risque de gagner s'il n'est pas lui-même présent au second tour ; Benoît Hamon recherche l'unité de candidature à gauche pour empêcher un face-à-face entre «la droite dure et l'extrême droite». Mais en affichant leur obsession de la présidente du FN, ces candidats montrent aux électeurs, à leurs propres électeurs, que la courbe des sondages de Marine Le Pen leur importe plus que celles du chômage, des violences, de la pauvreté, du malaise des salariés, du niveau d'instruction… Alimentant ainsi, à l'inverse de leur souhait, ce vote Le Pen.
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Mélenchon, quoi que je pense de lui, est plus intelligent : en 2012, il était opposé à la sortie de l'Euro. En voyant ce qui est arrivé à Tsipras, il a changé d'avis.

Et pourtant, Fillon n'a rien à inventer, il lui suffit juste de ré-écouter le discours de Seguin de 1992. Même cela paraît au-dessus de ses capacités.

Sarkozy, en le qualifiant son premier ministre de collaborateur, avait été cruel mais juste.

Buisson raconte une anecdote éclairante : il est assis à coté du président, il se lève pour aller aux toilettes, quand il revient, le premier ministre lui a pris sa place. Fillon, ça vole haut.

Seul contrepoint : à mes yeux, la passion fillonesque pour la course automobile ne cadre pas bien avec cette médiocrité générale







Elections : les Français sont capables du pire

Un collègue à qui je disais que les Français ne seraient pas assez bêtes pour élire Macron, que tout de même le Brexit et Trump permettaient de garder espoir en la démocratie, m'a fait remarquer que les Français ont élu Mitterrand (quand les Britanniques et les Américains élisaient Thatcher et Reagan), réélu Mitterrand, élu et réélu Chirac, élu Hollande ...

Il y a de simples constats qui sont déprimants.

Marin de Viry : « Après trente ans d'antifascisme, Le Pen aux portes du pouvoir. Bravo les gars ! »

Marin de Viry : « Après trente ans d'antifascisme, Le Pen aux portes du pouvoir. Bravo les gars ! »

Votre livre pose un regard cruel sur le quinquennat Hollande. Vous l'avez vécu comme une épreuve ?

Marin de VIRY. - Comme une épreuve pour l'amour que je porte à mon pays, certainement. Cette épreuve a commencé depuis longtemps, et au fond elle est arrivée à son terme avec ce quinquennat: le pouvoir n'est plus capable de faire souffrir le pays, il a donné tout ce qu'il pouvait sur ce plan-là. Quand j'étais à Sciences Po au milieu des années 1980, on m'expliquait doctement que le meilleur régime possible, c'était la Cinquième République (avec des majuscules), pour les raisons historico-politiques que l'on sait, à laquelle il fallait nécessairement rajouter une couche de technocrates ayant intériorisé l'intérêt général, l'édifice étant complété par les partis politiques, qui avaient vocation à s'occuper de l'alternance. Laquelle consistait à mettre en œuvre une politique rocardo-barriste ou barro-rocardienne, suivant que le pays voulait plutôt un peu de mouvement ou un peu d'ordre. Cet immobilisme à trois têtes - institutions, partis, technocratie -, légèrement animé par l'alternance, ces moments d'effusion populaire, d'oscillations autorisées sous contrôle du système, nous a conduit dans le mur, dont je vous fais grâce de la description.

Alors que ce bel édifice rationnel aurait dû nous conduire vers l'idéal d'une économie sociale de marché où tout aurait été à sa place dans une perspective de progrès continu, c'est la confusion des esprits sur fond de déroute morale, intellectuelle, économique et sociale, qui a régné pendant bientôt quarante ans. Sous François Hollande, il faut ajouter à cette confusion un facteur « de gauche » qui - je crains de le dire en raison de l'amour sincère que je porte à l'idée socialiste que je ne partage pas -, aggrave le tableau.

C'est donc non seulement une épreuve patriotique, mais aussi une épreuve intellectuelle et politique. Intellectuelle, parce que le faux prétexte idiot du combat contre le fascisme - c'est-à-dire contre le Front National - a commencé en 1981 et que ça suffit, trente-cinq ans plus tard, de voir encore à l'œuvre cette procédure de mise en accusation automatique, que les « jeunes » appellent le «point Godwin» (si tu dis le premier le mot « facho » à ton adversaire, tu as gagné) qui a permis à la gauche de remplacer le principe de réalité par l'invective, et a substitué à la responsabilité une sorte de droit à faire n'importe quoi pourvu que l'intention soit sentimentalement correcte. Si je pleurniche au nom des plus hautes valeurs de l'homme, je suis exempté d'action et encore plus de résultat. A contrecourant des intérêts profonds de la société, une certaine gauche - pas la bonne, qui existe et que je vénère [moi pas, mais je me demande si Viry n'est pas un brin ironique] - a lutté de toutes ses forces contre l'intelligence, et donc l'altruisme véritable, avec probablement une forme de bonne conscience qui aggrave son cas. Résultat : Marine Le Pen est à nos portes. Bravo les gars !

Vous considérez que plusieurs centaines milliers de Français ont le niveau pour remplacer nos actuels ministres. C'est le gouvernement pour tous ?

Prenez un des trente ou quarante ministres du gouvernement actuel, homme ou femme. Faites abstraction de son brushing, de sa tenue lookée, de son chauffeur, de son inoxydable confiance en lui-même, de sa science du tweet qui clashe, du fait qu'il a été nommé parce qu'il apporte au gouvernement le soutien théorique d'un sous-courant d'une coquille partisane désertée par l'esprit et par les militants depuis longtemps, et concentrez-vous sur sa contribution à l'intérêt général. Deux point s: d'abord, elle est souvent objectivement très faible (quand elle n'est pas négative), et elle ne justifie pas cette débauche de moyens que l'on met à la disposition d'un ministre ; ensuite, vous vous demandez souvent pourquoi lui, ou pourquoi elle ? Vous connaissez forcément deux ou trois personnes qui feraient mieux le travail, pour plusieurs raisons : ils ou elles ne connaissent pas seulement le monde à travers la vie d'un parti, laquelle est une vie tronquée, ratatinée, obscure, minuscule, avec quelque chose d'ingrat et d'hostile qui, à la longue, dissout les qualités et l'énergie de celui ou celle qui y fait carrière. Vos amis la connaissent mieux, la vie. Ils connaissent le risque, le vrai travail, l'art de prendre les décisions. Ils parlent et écrivent en français, pas dans cette espèce de volapuk qui déclasse tout le monde: celui qui parle et celles et ceux à qui il s'adresse. Bref, la société civile, si riche, est complètement laissée de côté.























Flatter les ego est une anti-éducation

Feeding Your Inner Caligula

Comme d'habitude, Darymple est ravageur pour la modernité.



samedi, février 25, 2017

Charles Gave : la trahison des élites et la révolte des peuples

L’esprit paysan

L’esprit paysan français, vis-à-vis de l’Etat et du marché, a toujours été double.

D’une part, on demande à l’Etat protection et subventions. Les lois Méline ne datent pas d’hier.

D’autre part, une volonté farouche d’indépendance, toute demande d’aide vécue comme une déchéance.

Si la première tendance a écrasé la paysannerie française depuis la guerre (d'ailleurs, il n'y a plus de paysans mais des agriculteurs, transformés en semi-fonctionnaires mendiants)n, le désastre de cette politique conduit à une renaissance de la deuxième

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Certains, d’ailleurs, refusent toute aide, de peur de se faire broyer par cette machine devenue folle. Gérard Legruel, éleveur d’agneaux prés-salés à Créances dans la Manche et maraîcher de légumes anciens, met ainsi en garde la jeune femme qui va reprendre sa ferme. « Ne leur demande rien, ne leur dois rien. Parce que ce qu’ils te donnent d’une main, ils te le reprennent de l’autre. » Et cet ancien agriculteur productiviste, qui a tout lâché du jour au lendemain pour changer d’orientation, de lui lancer : « Soit tu es capable de gagner ta vie avec tes produits sans avoir besoin de leur aide, soit tu es morte. Car si tu as besoin d’eux, ils vont te pousser à t’endetter, à acheter des machines, à rénover tes bâtiments … Ils vont te faire augmenter tes rendements. Et tu vas crever, faire crever ta terre, et tu n’oseras plus regarder tes clients dans les yeux. »
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Les mensonges du pape François Zéro et les murs du Vatican

Pope Francis Tears at History’s Ancient Walls against Islam

Nous vivons une ère du mensonge. Il est particulièrement désastreux qu'un des menteurs en chef soit le pape François.

Le pape François a déclaré, d'une part, qu'il n'était pas chrétien de construire des murs plutôt que des ponts et, d'autre part, que le terrorisme musulman n'avait rien à voir avec l'islam.

Raymond Ibrahim fait juste remarquer, avec sa pertinence habituelle, que la pape François vit au Vatican à l'abri d'un mur précisément construit par des chrétiens pour se protéger de la violence musulmane.

Ce pape est une épreuve, une punition.









vendredi, février 24, 2017

Polanski et le chœur des demi-vierges

Polanski et le chœur des demi-vierges

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J’en ai plein le dos de l’épidémie de moraline qui nous accable jour après jour. On veut des gens parfaits — mais que celui qui n’a jamais péché, comme dit l’autre… Des hommes politiques parfaits — végétariens, amis des bêtes, buveurs d’eau : Hitler ! Il faut prendre les gens comme ils sont, et leur demander qu’ils nous donnent le mieux de leurs qualités — leurs défauts les regardent. Mazarin n’était pas un enfant de chœur, et certainement pas un type honnête — mais il a gagné la Fronde et la Guerre de Trente ans. Sans lui, nous parlerions espagnol. Eh bien, je continuerai à voter Mazarin — s’il s’en trouve.
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Je n'arrive jamais à être complètement en phase avec Brighelli. Je lui ai d'ailleurs laissé la commentaire suivant :

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Je ne suis pas d’accord avec votre insistance sur les qualités de l’artiste. Cela n’a rien à voir avec le sujet.

Votre défense reste valable pour un tonnelier.
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Ce que je n'ai pas dit à Brighelli, c'est que son insistance sur les qualités de l'artiste est une défense de caste et révèle le mépris des non-intellectuels, des non-artistes. Un plombier-zingueur n'aurait pas droit à la même défense ?

Passons, je suis globalement d'accord avec le moustachu.

Je suis chrétien, je sais que les hommes sont pécheurs. Et il n'y a pas besoin d'être chrétien pour savoir que nul homme n'est parfait et surtout pas les professeur-e-s (je plaisante) de morale.  Elles en ont un sacré coup dans le casque mais la lâcheté de nous autres leur laisse la parole.






jeudi, février 23, 2017

Le Napocharles de Guéniffey

Je suis en train de lire le Napoléon et De Gaulle. Deux héros français de Patric Guéniffey. C'est un livre très juste, le plus intelligent que j'ai lu depuis longtemps (même si j'ai relevé quelques erreurs, personne n'est parfait).

Je vous en parlerai. J'ai un peu le trac, je ne suis pas sûr d'en rendre la finesse.

En attendant deux liens :

Les « Napoléon » de François Furet

PATRICE GUENIFFEY : NAPOLÉON, DE GAULLE ET LA QUESTION DU GRAND HOMME


lundi, février 20, 2017

S'il n'en reste que deux ...

Notre mode de scrutin impose deux gros partis. Le tripartisme PS-UMP-FS n'est pas une situation stable. Qui va disparaître ?

♘ Le PS ? La mode est contre lui, mais il est tenace, n'a aucun scrupule (l'affaire Pénélope le prouve) et est inventif (l'idée de mettre en devanture la baudruche Macron est géniale). Il changera peut-être de nom en se ré-organisant derrière Macron mais je ne l'enterrerais pas si vite.

♘ L'UMP ? Les imbéciles de service. Ils devraient avoir le pouvoir sans même se donner la peine de faire autre chose que de le ramasser. Mais, à force de politiquement correct, de manque de colonne vertébrale idéologique, d'idées, d'intelligence et de caractère, ils ont une bonne chance de se faire ratatiner. Et ils l'auront bien cherché. Mais ils ont la droitisation pour eux.

♘ Le FN ? Les énormes faiblesses du FN sont connues : manque de cadres, manque d'implantation locale, manque d'argent. Tout ça fait un beau manque de crédibilité.

Le PS et l'UMP disparaîtrait si Macron ou Fillon étaient battus. Le FN disparaîtrait s'il échouait à avoir plus de deux députés.

Si j'avais à parier aujourd'hui sur le futur porté disparu, je parierai sur le FN. Le problème du FN est simple : on ne gagne pas sans les classes populaires, mais on ne gagne pas qu'avec elles. Pari sans engagement tant l'incertitude est forte.

Résultat à l'été 2017.


dimanche, février 19, 2017

Au boulot, sujet du jour : Emmanuel Macron est-il un homme d'argent ?

Piqué chez Philippe Bilger :

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Historique du patrimoine d'Emmanuel Macron

2007- Emmanuel épouse sa riche prof de français de 24 ans son aînée, mère de trois enfants et grand-mère de sept petits-enfants. Avec son salaire de fonctionnaire proche de 40 000 € /an et un apport de 550 000 € prêtés par feu son milliardaire Pygmalion Henry Hermand (prêt remboursé), Macron achète un 83 m² à Paris pour la modique somme de 950 000 € qu'il revendra 980 000 € (en 2012 ou en 2014 quand il sera nourri, logé à Bercy, blanchi par le contribuable, l'histoire ne le dit pas...). Selon le JDD, Attali prend soin de préciser que son poulain "n'est pas un homme âpre au gain" et qu'"il a des goûts modestes"...

2008 à 2012- Banque Rothschild > 400 000 € salaire annuel x 4 ans = 1 600 000 € et un seul "big deal" réalisé (Nestlé Pfizer) > + 2 800 000 €

2012 à 2014- secrétaire général adjoint de l’Élysée > + 12 000 € salaire mensuel x 24 mois = 288 000 €
2014 à 2016- ministre à Bercy pris en charge intégralement par l’État > + 9 940 € par mois x 24 = 238 560 €
Total des salaires perçus de 2008 à 2016 > 4 926 560 €
Zéro patrimoine immobilier et 17 comptes en banque.
Penchons-nous à présent sur sa déclaration de patrimoine du 28 octobre 2016 à la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique. A la rubrique immobilier, néant, nada, walou. Côté pépettes, les 17 (!) comptes bancaires et assurances vie totalisent un actif de 315 795 €, contrebalancés par un passif de 252 747 € (prêt en 2011 du Crédit Mutuel pour la rénovation de la propriété de Brigitte Trogneux Macron réévaluée à 1 400 000 €, ce qui vaudra au couple de payer l'ISF avec un redressement fiscal sur plusieurs années).
Résumons : si je calcule bien, le patrimoine net déclaré de l'ex-ministre de l'Economie est de 315 795 € - 252 747 € = 63 048 €. Comme écrirait le Canard enchaîné s'il avait l'idée saugrenue de s'intéresser enfin à la réelle opacité de la vie publique : 4 926 560 € en huit ans soit 51 318 € par mois, près de 1700 euros chaque jour ! 4 926 560 € dont il ne resterait que 63 048 € ? Et certains envisageraient de confier à ce joueur de bonneteau la gestion d'un État surendetté qui court à la faillite ?
Il manque toujours cinq millions d'euros.
Aujourd'hui ce pauvre Macron loue un appartement parisien et survit avec la retraite d'enseignante de son épouse 2150 €/mois et d'environ 250 000€ tirés de la vente de son essai "Révolution" sorti le 21 novembre 2016, nous rapporte tristement le JDD. L'article du JDD mentionne aussi 50 000 € de reliquat de "pantouflage" remboursé à l’État pour frais d'études et non mentionné dans le passif de la déclaration officielle. Admettons. Mais à part ça, où ont bien pu passer les 5 millions de Macron ? Avis aux fins limiers des gazettes, prompts à fondre sur commande sur une victime de droite désignée, voici un nouveau champ d'investigation à labourer !


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Visiblement, je ne suis pas le seul à me poser des questions :

Macron : 3,6 millions d’euros de revenus, et patrimoine négatif ?

Je sais que certains de mes chers lecteurs vont se faire une choix de sortir leur code fiscal et leur calculette et m'éplucher tout cela.

J'attends avec impatience l'aide du Canard Enchainé.




samedi, février 18, 2017

François Bousquet : « Rarement, l’offre politique aura aussi peu coïncidé avec la demande du corps électoral. »

François Bousquet : « Rarement, l’offre politique aura aussi peu coïncidé avec la demande du corps électoral. »

Je trouve cet entretien intéressant.

La conclusion que j'en tire ? La situation est de plus en plus instable. Nous allons vers le temps des surprises, pas forcément bonnes.

Il faut, d'autant plus, ne pas oublier les chocs extérieurs.







Elections, piège à cons

Il y a plein de discussions autour de Fillon, Le Pen, Macron etc.

Mais tout cela n'a pas grande importance : quel que soit l'élu du 8 mai, la France est dans une situation politique dramatique.

Le Pen : pas de majorité parlementaire.

Macron : Hollande-bis sans majorité non plus.

Fillon : pas de légitimité et pas d'autorité.

Fillon cède la place à un autre ? Qui ? Scénario aussi funeste que l'élection de Fillon lui-même.

Il faut vous faire une raison, chers compatriotes : le 9 mai au matin, la France sera dans une merde noire.




vendredi, février 17, 2017

La France tel qu'elle va (mal)

Montpellier : bagarres géantes pour jeunes désœuvrés

Voilà : cinquante ans d'esprit soixante-huitard et nous revenons au temps de Casque d'Or. Sauf que Manda et Leca ont fini à Cayenne.



jeudi, février 16, 2017

Pourquoi Macron est bien meilleur que Fillon

Je constate de plus en plus, avec regret, qu'Emmanuel Macron est des kilomètres au-dessus de François Fillon, tout simplement parce qu'il est cohérent. C'est un libéral-libertaire, léger comme une plume, pour qui tout est consommable, la famille, la langue, la culture, ... Sans attaches définitives (pour le coup, il est significatif qu'il n'ait pas d'enfants).

Il peut dire tout et son contraire si cela satisfait son Moi, c'est-à-dire, en ce moment, son objectif marketing de devenir président de la république.

Rien ne l'attache définitivement, aujourd'hui il aime l'histoire de France, demain il la détestera, ou l'inverse. Peu importe puisqu'il vit dans l'éternel présent de l'homme post-moderne. Et, en plus, il croit que ce présent éternel est la voie de l'avenir.




Je comprends qu'un tel homme ait un public que, le temps d'une élection, on baptisera électorat.

En face, François Fillon a un boulevard, il n'a qu'à s'opposer à Macron terme à terme. Il lui suffit d'incarner l'homme des permanences, des liens qui engagent, de la protection. L'homme de la patrie face à l'homme de la mondialisation, l'homme de l'artisanat face à l'homme des robots, l'homme du travail face à l'homme de la consommation etc.

En posant un choix aussi clair, il est sûr de l'emporter.

Pour un châtelain marié depuis trente ans, père de famille, cela devrait être frisou.

Hé bien, pas du tout ! Comme l'a compris Patrick Buisson, Fillon est un progressiste, qui ne voit rien, ou pas grand'chose, au-delà de l'économisme technocratique. Ce n'est pas possible d'être branque à ce point.

Pendant ce temps le complot contre Fillon (c'est facile, vu comme la cible est coopérative) continue :
















Napoléon et de Gaulle, le génie français de la politique

J’allais vous écrire un billet intitulé La Vème dévoyé, la légitimité perdue et la crise qui vient.

Je vous aurais parlé du prochain président qui réunira au maximum au premier tour 15 % des Français en âge de voter et du premier parti de France qui n’a que deux députés. J’en aurais tiré quelques conclusions très pessimistes sur la légitimité du prochain pouvoir élu au printemps et sur la crise qui ne peut que s’en suivre.

Mais il me semble que cet article, si on le lit entre les lignes est un bon substitut et qui m’épargne de la peine.

Napoléon et de Gaulle, le génie français de la politique

Nota 1 : cela ne vaut pas approbation de tout ce qu’ont fait Napoléon Bonaparte et Charles De Gaulle.






mercredi, février 15, 2017

Islam et christianisme, un peu de remise en ordre










Patrick Buisson: "Macron et Fillon, frères jumeaux d'une même pensée"

Un article de L'Express du 31 janvier.

Patrick Buisson: "Macron et Fillon, frères jumeaux d'une même pensée"

L'élection présidentielle de 2017 marque-t-elle le triomphe des primaires ?

Les primaires auront fonctionné comme une formidable machine à remonter le temps : avec le rétablissement implicite du suffrage censitaire et le retour au système des candidatures officielles, tel que l'avait instauré Napoléon III, nous voici revenus au XIXe siècle [excellent J]. Etrange régression démocratique qui a pour effet d'aggraver la crise de représentation en renforçant le poids politique des classes urbaines dominantes, alors qu'il faudrait rouvrir le jeu au moment où, partout dans le monde, la poussée des populismes traduit la volonté des catégories populaires d'être représentées et gouvernées selon leurs intérêts [visiblement, Buisson partage mon inquiétude de voir la France rater un tournant historique].

Avec moins de 13 % du corps électoral, les primaires n'auront mobilisé que les inclus et offert à une minorité partisane, sociologiquement homogène, le pouvoir de construire l'offre politique. La manœuvre est, cependant, en train d'échouer. Conçues comme une procédure de relégitimation pour sauver la partitocratie, les primaires débouchent sur un big bang politique.

La dynamique va aux candidats hors système, de Macron à Le Pen, quand les candidats des deux partis de gouvernement, issus des primaires, sont déjà en grande difficulté. En fait, c'est la dislocation du système partisan qui est désormais inéluctable. Les partis du bloc central ne sont plus des grands corps malades, mais des cadavres en état de décomposition avancée.

Mais François Fillon peut compter sur un socle autrement plus fort que celui de Benoît Hamon, non ?

Le problème de la droite, c'est de renouer l'alliance victorieuse des forces conservatrices et de l'électorat populaire. Celle qui fut à l'origine du succès du RPF en 1947, du triomphe gaulliste en 1958 et de l'élection de Sarkozy en 2007. Or la primaire de la droite a enfermé Fillon dans une base sociologique très restreinte. Jadis, Malraux pouvait dire du gaullisme que c'était le métro à l'heure de pointe. Aujourd'hui, le fillonisme, ce n'est guère plus que le Rotary à l'heure de l'apéritif. Ce retour à un ghetto électoral tend à montrer que le sarkozysme n'aura été qu'une brève parenthèse dans l'histoire du déclin de la droite. En 1981, les candidats de la droite de gouvernement rassemblaient 49,3 % de suffrages au premier tour de la présidentielle. En 2012, ils n'en attiraient plus que 29 %. Dans l'intervalle, le Front national a progressivement occupé la place jadis dévolue au RPR.

François Fillon s'inscrit-il dans la lignée de Nicolas Sarkozy ?

Non, pour ce que l'ancien président avait de meilleur. Hélas oui, pour ce qu'il avait de pire : la réduction de la droite à la défense d'intérêts catégoriels, son identification au gros argent, aux fermiers généraux des grandes compagnies de la finance globalisée. Cette droite-là ne psalmodie les sourates de l'économisme que pour mieux dissimuler le fait qu'elle choisit finalement le marché contre le sacré. La faute originelle de Fillon, celle dont tout découle, aura été, sous le couvert de la rupture, de porter un programme qui fait de lui le candidat du patronat. Du coup, il ne pouvait apparaître, selon la formule de Madelin, que comme un "Robin des bois à l'envers", l'homme qui prend aux pauvres pour donner aux riches.

Quel projet politique porte-t-il ?

L'acte fondateur de sa campagne a été sa visite au Salon des nouvelles technologies de Las Vegas en janvier. Le candidat geek autoproclamé y a affirmé sa volonté de faire de la France une "smart nation" dans un monde connecté. L'idolâtrie des moyens va toujours de pair avec l'oubli des fins. C'est ce que rappelait déjà Bernanos dans La France contre les robots, quand il écrivait qu'un Etat n'existe qu'en vue de la fin qui justifie sa raison d'être. A savoir le service du bien commun [De Gaulle disait : "D'abord, la France. Ensuite, l'Etat."].

Si un conservateur est un libéral vacciné contre les illusions du progrès, Fillon n'est pas un conservateur, mais, au contraire, un adepte du progrès-croyance, un esprit gnostique qui croit que le progrès est non plus dans l'homme mais dans la technique. Or le propre de la pensée conservatrice - et c'était là le cœur du message de la Manif pour tous - tient dans l'idée que, derrière chaque progrès, il y a un antiprogrès potentiel et que, la plupart du temps, les innovations qu'apporte la modernité sont pires que les problèmes qu'elle croit résoudre. Qu'en sera-t-il de la révolution numérique quand on sait que la "révolution agricole" des années 1950-1970 a détruit 5 millions d'emplois pour n'offrir aux consommateurs qu'un peu de chimie dans leur assiette ?

A-t-il eu raison de se présenter comme "chrétien" ?

Le christianisme postule le refus de la domination absolue du monde marchand, la malédiction biblique des idoles, que Marx recyclera en se faisant le contempteur du "fétichisme de la marchandise". A cette aune, Mélenchon est plus chrétien que Fillon. Plus chrétien de ce point de vue, parce que plus marxiste.

Avant même l'"affaire Penelope", qu'est-ce qui expliquait, selon vous, l'enlisement de la campagne Fillon ?

La doctrine de Fillon n'a pas changé. Elle se résume à sa déclaration inaugurale de 2007 : "Je suis à la tête d'un Etat en faillite." A travers cette vision purement gestionnaire et comptable, il y a un renversement total de perspective, une abdication complète du rôle essentiellement politique de l'Etat au profit d'un management qui n'est plus gouvernement des hommes, mais administration des choses. Ainsi s'accomplit le remplacement de la fonction souveraine par la fonction économique. Fillon a choisi d'apporter une réponse technicienne à une opinion dont la demande est principalement régalienne: protection, sécurité, autorité de l'Etat, retour des frontières. Pour Trump, le contexte, dominé par le terrorisme islamiste, commande de faire exactement l'inverse.

Comment peut-il réorienter sa campagne pour toucher les catégories populaires ?

Pour cela, il faudrait qu'il sache, selon le mot de De Gaulle, "chanter à la nation la romance de sa grandeur". Or l'exaltation de ce capital-là, le capital immatériel que composent notre identité, notre mode de vie et notre patrimoine, ne lui inspire que des mots convenus. Au moins pourrait-il s'affranchir d'un discours tout économique pour aborder les vrais enjeux. Le problème central de la société française est celui de la déliaison libérale, qui ne veut connaître que des hommes déliés, détachés de toute vie communautaire. De là procède la dynamique populiste qui exprime la nostalgie des appartenances, des communautés et des solidarités perdues.

L'urgence politique est de répondre à cette quête de communauté et de rétablir l'oikos [du grec ancien, "maison", "patrimoine"] au coeur de l'oikonomia ["gestion de la maisonnée"]. Il y a en France 10 millions d'aidants qui se consacrent à des proches, malades ou dépendants. Cela représente une économie de plus de 160 milliards d'euros par an pour l'Etat. Plutôt que de prôner une énième réforme de la Sécurité sociale, le candidat de la droite serait mieux inspiré de favoriser ces solidarités communautaires, cet "être ensemble" qui ne relève pas de l'avoir, ce "nous" de l'altruisme et de l'échange non marchand. [Je crains, hélas, que François Fillon n’ait absolument pas fait cette analyse et Marine Le Pen pas beaucoup plus, mais du moins elle hérite de cette direction de son père et elle a Marion qui la pousse].

De quoi Emmanuel Macron est-il le nom ?

Au moment où Jean-Claude Michéa publie Notre ennemi, le capital, Emmanuel Macron apparaît comme un homme laboratoire : il est l'illustration parfaite de la reconstitution de l'unité philosophique du libéralisme, de la complémentarité dialectique du libéralisme économique et du libéralisme culturel, de la "société liquide" et de la marchandisation des corps. Il est également l'homme de toutes les dérégulations, qui annonce la future recomposition politique sous la forme d'une réunification des libéraux des deux rives. Il est enfin la preuve vivante que le système n'est pas encore totalement à court de ressources, puisqu'il peut engendrer un candidat qui réussit à se poser en alternative du système alors qu'il en est le produit le plus achevé.

Emmanuel Macron peut-il gagner ? Où sont ses fragilités ?

Etre le candidat de la mondialisation heureuse à l'heure du retour en force de l'Etat-nation et d'un quasi-consensus en faveur du patriotisme économique ne lui garantit pas jusqu'au bout le soutien des classes moyennes paupérisées que sa posture antisystème et antipartis lui vaut actuellement. Même si, en revanche, son discours probusiness et promigrants peut avoir un écho certain auprès des jeunes des cités pour qui l'ubérisation de l'économie apparaît comme une véritable aubaine [ ?????].

Fillon et Macron se caractérisent-ils d'abord par leurs différences ou par leurs points communs ?

Ce sont des frères jumeaux d'une même pensée qui s'arrête à la seule vérité de l'économie. Comme si la montée depuis trente ans du vote protestataire et de l'abstention ne traduisait pas le mal-être, mais le "manque-à-être" de la logique consumériste. La société de consommation est une société de consume-nation. L'homme, réduit à l'économie, réduit sa patrie à une grande surface qui fait des soldes et du crédit. [Citation dans le livre de Philippe Bénéton : « Qu’économise l’économie ? L’amour »].

L'identité d'un pays ne se ramène pas à son PIB et la croissance n'opère en rien le réenchantement du monde. Il y a toutefois une différence entre Macron et Fillon. L'un a l'optimisme et l'alacrité du joueur de flûte de Hamelin, qui entraîne les rats vers la rivière; l'autre est un Diafoirus qui ne promet qu'une purge anxiogène à base de sacrifices et de larmes.

Marine Le Pen se heurtera-t-elle, comme aux régionales, à un plafond de verre ?

C'est le mode de scrutin lui-même qui constitue ce fameux plafond de verre. Mais ce qui est l'ultime protection du système contre les différentes expressions du populisme ne cesse de nourrir l'impuissance et l'impopularité des gouvernements successifs, à mesure que s'amenuisent leur représentativité et donc leur légitimité.

La droite peut-elle perdre cette élection, qu'elle jugeait il y a encore peu imperdable ?

Oui, et ce ne sera pas seulement en raison du discrédit moral dont on cherche à accabler son candidat, mais faute, pour celui-ci, de s'être clairement positionné sur les nouveaux clivages entre peuple et élites, souverainistes et libéraux, identitaires et diversitaires.